Le promeneur du champs de Mars

Cheminant ensemble, bras dessus, bras dessous, il se livrait à moi et me passait le film de sa fin de vie en faisant défiler des images de la France éternelle qu'il aimait tant.

Revenaient les paysages modelés par les hommes au cours des siècles, les phrases ciselées des poètes tirées d'ouvrages précieux, le discours de Liévain prononcé dans une usine trouée et où il est dit que l'argent coron... Se sentant traqué, tant par ses ennemis que par sa famille politique, ce représentant de la dernière lignée semblait bien solitaire, voulant maîtriser le temps qui inexorablement l'emportait.

Haut en couleur il était peu; plutôt un personnage en noir et blanc qui aimait par dessus tout les nuances de gris, telle la teinte "cendre" de ses terres de Charentes qu'il allait bientôt rejoindre. Paradoxe que celui de cet homme habitué aux fastes et à la foule qui voulait un endroit calme et peu fréquenté pour reposer en paix, près des odeurs d'harmonium.

Etonnante et bluffante interprétation du locataire de la Comédie Française sous lequel on voit poindre, physiquement parfois, le personnage.

Seraient-ce le manteau et le chapeau qui étaient habités ou tout simplement les lustres de l'Elysée qui éclairaient le jeu de l'acteur et les postures prises ?

Bouquet le bien-nommé a su donner en tout cas à ce fils de vinaigrier, tous les accents d'un grand vin. Quelle que soit l'opinion que l'on a sur son action politique, ce personnage était, comme il le dit lui-même, d'une autre trempe que ses successeurs, c'est indéniable.
Jusque sur le tard, Gaidiguian a mis de l'humour dans la bouche son acteur principal.
Rêvait-il vraiment de passer une soirée avec Julia Roberts et de lui faire visiter New-York dans sa Twingo récemment offerte par le Parti ? Peut-être cet humour était-il le meilleur moyen pour repousser la mort, la grande chose de sa vie.
Presque cuit, le Président pouvait être aussi cru avec elle, rompant une écrevisse ou vomissant du Duras. Il pouvait aussi la cotoyer jusqu'à s'allonger sur les dalles froides de l'église pour prendre la posture future.
Gisant vivant, il ne restait pas de marbre non plus devant les sépultures royales et en devenait presque animiste à les caresser.

Je suis sûr qu'aujourd'hui, ce mort célibataire n'a plus peur d'être rongé par les vers, ceux de Péguy ou Rimbaud bien sûr ...

Filou
un peu fasciné, pas très critique devant cette oeuvre romancée ?
http://www.lepromeneurduchampdemars.com/