Au risque de passer pour un ancien con-battant, dans la série pérequienne "je me souviens", je vais vous conter quelques souvenirs de membre d'une armée d'occupation; c'est à dire d'une troupe qui cherchait surtout à s'occuper de différentes façons ... Moments tout à la fois graves et amusés qui me sont restés.

Voici la longue litanie, mon capitaine.

A vos rangs ! Fixe !

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1- Je me souviens de cette ville où, en 1981, j'ai résidé, une année durant, comme militaire du rang avec tout un régiment. C'était dans l'infanterie (jaune). Berlin-Ouest détenait, à l'époque, le triste record de la ville la plus "suicidaire" d'Europe (Est-ce toujours le cas aujourd'hui ?)
Il faut dire que malgré les nombreux espaces verts et le gazon, vivre emmuré efface bien des perspectives et horizons ...

2- Je me souviens que les permissions de sortie étaient fort rares et encore devaient-elles être choisies avec tact et parcimonie. Non pas que nous nous confrontions avec les russes, non : il nous était interdit de fréquenter les boites occupées par la soldatesque britannique car cela se terminait toujours en bagarre rangée ou désordonnée. Avec les américains, c'était beaucoup plus cool, on allait écouter du jazz, mâcher quelques chewing-gum and so on ...

3- Je me souviens de ce long corridor que nous parcourions à travers l'Allemagne de l'Est sous des camions bâchés pour gagner Berlin-Ouest (et oui, Berlin-Ouest était situé en pleine Allemagne de l'Est. Allez comprendre ...). Le système de VMC ne rendait pas fières gauloises et gitanes à nous généreusement offertes et que l'on allumait à volonté... Nos fesses non plus n'étaient pas à la fête, devant stationner sur les bancs en bois des véhicules, des heures durant.

4- Je me souviens aussi des retours au pays en Transall. Les trous d'air nous soulevaient le coeur et nous mettaient en transe. Il y a de forts courants d'air dans les couloirs aériens ...

5- Je me souviens de ces manœuvres organisées avec les américains et les anglais, manœuvres à blanc où nous étions toujours morts à la fin (A l'époque, nos appelés (si j'avais su j'aurais pas répondu) faisaient pâle figure à cotés des armées de métier.)

6- Je me souviens des nuits entières où nous arpentions des forêts inconnues avec la boussole comme seul compagne. A la réflexion, c'est ce qui a du me donner ce redoutable sens de l'orientation qui me caractérise aujourd'hui. :-)

7- Je me souviens du regard ahuri des passants lorsqu'ils nous voyaient passer avec nos figures noircies au bouchon, FOMEC (Forme, Ombre, Mouvement, Eclat, Couleur) oblige ...

8- Je me souviens des stations de métro que nous occupions sans posséder de titre de transport, mais astucieusement camouflés par force branchages et feuillages ...

9- Je me souviens de ce MAS 36 puis de ce FAMAS auprès desquels nous passions de langoureuses nuits tout éveillés. Nos ébats à la pelle étaient rendus difficiles car nous dormions pourvus de l'attirail du parfait guerrier sans repos (treillis, casque, grenade, masque à gaz, rangers ...y tutti quanti ...)

10- Je me souviens de ces trous que nous creusions en pleine neige et dans lesquels nous nous enterrions pour dormir. Nous les recouvrions de branchages pour ne pas que les avions nous repèrent.

11- Je me souviens de ces feux de camp que nous ne faisions pas car c'était la guerre (pour de faux). Je me souviens de ces feux de camp que nous faisions par temps d'armistice et qui permettaient à une moitié de notre corps de griller tandis que l'autre gelait ...

12- Je me souviens de ces réveils que nous nous prodiguions sans cesse pour éviter de trop nous endormir. On veillait ainsi à ce que nos extrémités (!) ne gèlent pas ...Dur, dur, la guerre froide ...

13- Je me souviens de cette tente que nous partagions au propre et au figuré. Malheur au binôme qui perdait sa moitié et donc la partie de toile qui allait avec.

14- Je me souviens des soirs d'orage où les filets d'eau traversaient notre abri dépourvu de tapis de sol. La 2"light n'existait pas encore ...

15- Je me souviens de notre apprentissage forcé de l'allemand pour compter, à haute et distincte voix, les pompes que nous faisions dans la cour de la caserne. Pas moyen de cirer celles du commandant pour éviter cette méthode Assimil ... Ein, zwei, die ...effectivement, j'étais mort à la fin ...

16- Je me souviens de ces interminables footing matinaux dans les parcs de la ville où nos corps fumaient à qui mieux-mieux (pas bien !)

17- Je me souviens des longues randonnées le long d'un mur sinistre et interminable. Son sommet était circulaire pour empêcher de s'y agripper.

18- Je me souviens de ces nombreuses croix funèbres alignées le long du mur qui témoignaient des corps tombés sous les balles de l'Est.

19- Je me souviens des miradors et de ces no-man's lands truffés de barbelés, de chevaux de frise antichars et de mines en tous genres.

20- Je me souviens des rondes des vopos armés jusqu'aux dents, de leurs longs manteaux gris et de leur chiens si sympathiques.

21- Je me souviens de la garde que nous avions montée au pied de Spandau, la forteresse où était emprisonné Rudolf Hess.

22- Je me souviens des lignes de métro désaffectées car coupées par le mur. Les herbes folles y avaient élu domicile car le pollen n'était pas contrôlé.

23- Je me souviens de ce "Berlin Vertigo" qui me saisissait lorsqu'on nous faisait descendre en rappel, de gré ou de force, un énooooorme blockhaus en plein centre-ville. OTIS tu nous manquais bien, alors ...

24- Je me souviens du défilé au pas de l'oie des soldats ampoulés devant la porte de Brandebourg

25- Je me souviens de ce film glauque à l'affiche "Christiane F. - Wir Kinder vom Bahnhof Zoo - Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…"

26- Je me souviens de cette église du souvenir, noircies par les bombes sur le Ku'damm.

27- Je me souviens de nos passages à l'Est et de notre impression de remonter le temps lorsqu'on se rendait dans les boutiques ossies.

28- Je me souviens du Checkpoint Charlie et de l'ingéniosité des passeurs de liberté.

29- Je me souviens de ce drapeau de RDA ramené à la caserne et qui n'avait pas trop fait rire les officiers. Dire que je l'ai donné ensuite à un mec de droite :-)

30- Je me souviens de l'élection de la Force Tranquille en mai 81 et de la tête que faisaient les gradés lorsqu'ils ont appris la nouvelle qu'ils prenaient pour une farce.

31- Je me souviens de cette année passée en compagnie de combat au 46e RI et qui m'a profondément marqué.

32- Je me souviens enfin de ce mois de novembre 1989 où je pleurais devant ma télé pour un mur qui venait de tomber.

***


On se disait qu'on changeait de monde et, dans le cadre des rapports Est-Ouest, on n'avait pas tort.

On pensait en même temps à ces familles enfin réunies et à toutes ces victimes d'avoir voulu faire le mur.

Mais depuis ce mur détruit, combien d'autres se sont construits....

C'est en fait ici que va commencer la litanie ...

Si vous le voulez bien on va en faire l'inventaire en zone "commentaire"de ce billet.

Si le coeur vous en dit, si vous avez un message à délivrer à l'humanité et à ses velléités de toujours séparer, vous pouvez vous rendre sur ce mur virtuel, bâti pour l'occasion et twitter votre annonce : http://www.berlintwitterwall.com/

Vous pouvez aussi compléter vos connaissances en consultant cet article détaillé de Wikipedia consacré au mur ...

... et/ou visionner cette vidéo, un peu propagande, qui résume bien l'atmosphère ...


LE MUR DE BERLIN SA PROTECTION DOCUMENT Deutsche... par BLOGPARFAITPOINTNET


Filou
Homme mur murmurant à l'oreille des chevaux de frise

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Billet également publié sur LePost